Johan Hoogewijs, musicien-compositeur de bandes originales

Assez vaste, le terme « artiste-interprète » ne s’arrête pas aux musiciens de studio et aux acteurs de cinéma. Mais alors, qui sont donc les artistes affiliés à PlayRight ? Musicien et compositeur à la demande, Johan Hoogewijs est membre de PlayRight et travaille principalement pour l’audiovisuel. Ses collaborations lui permettent d’enchainer les projets en tout genre et ses prestations musicales au sein d’œuvres audiovisuelles génèrent également des droits voisins. Comment on devient un musicien-compositeur à la demande ?

Je travaille principalement pour le cinéma et la télévision, moins pour le théâtre et les spectacles de danse. Acolyte de Jan Hautekiet pour Studio Brussel pour qui je m’occupait de l’habillage musical, j’ai aussi composé pour des séries de fiction comme Langs de kade, Niet voor publicatie, Heterdaad, etc… Au Pays-Bas, j’ai pu participer à des projets en tout genre, comme des longs métrages : le célèbre Het paard van Sinterklaas (Le cheval de Saint Nicolas, 2005), Bloedbroeders de Arno Dierickx (Blood Brothers, 2008) et ou encore Het leven uit een dag de Mark De Cloe (2008).Grâce aux aides attribuées pour certaines productions, j’ai aussi pu collaborer à des projets à l’étranger et ai travaillé en Allemagne sur Heute bin ich blond de Marc Rothemund  (La Fille aux neuf perruques, 2013) et récemment en France sur Le collier rouge de Jean Becker (2018).

En quoi consiste le travail d’un musicien et compositeur à la demande ?

En gros, je suis à la disposition de qui en a besoin. Je compose rarement sans objectif et préfère me laisser guider par une demande spécifique. Pour créer une œuvre, j’ai un panel d’instruments à ma portée très large, allant du piano au synthé jusqu’à un répertoire plus classique. Je n’ai pas de signature très identifiable comme celle d’un Wim Mertens, par exemple, mais c’est exactement ça qui fait ma force je pense : mon large répertoire me permet de créer des œuvres qui sont toujours nouvelles, tout en travaillant de pair avec le metteur-en-scène et le producteur.

Comment et à quel moment un metteur-en-scène fait appel à vos services ?

Un metteur-en-scène n’a pas toujours le choix de l’équipe qui l’entoure, c’est très souvent le producteur qui choisit. Et souvent il doit négocier pour ajouter un caméraman ou un éditeur. Ceux qui restent sont les compositeurs, l’équipe logistique, etc. Et dans ce cadre, le fait qu’une production bénéficie de certains subsides peut être une bénédiction ou une malédiction. Dans le cadre d’une coproduction, il arrive que le budget alloué pour un poste soit pour une personne d’une certaine nationalité. Donc ça peut jouer en votre faveur, ou tout le contraire. Aujourd’hui il y a même certaines firmes qui se sont spécialisées là-dedans, pour bénéficier d’aides fiscales. Ce sont ces firmes qui recherchent les compositeurs, en s‘adressant à des studios ou encore à la Belgian Screen Composers Guild, fondée récemment.

Participer à des compétitions devient aussi monnaie courante pour trouver de nouvelles collaborations, et cela implique souvent de travailler sans garantie de rémunération. D’autres organisations ont plus d’éthique et prévoient au moins une certaine rémunération pour une démo. Les chaines de télévision organisent souvent des compétitions et là, bénéficier d’une rémunération pour chaque participant est très difficilement envisageable. Quand je participe à de telles compétitions j’investis du temps, parfois pour rien. Les demandeurs ont quant à eux toutes les garanties d’un résultat final satisfaisant.

Quand avez-vous entendu pour la première fois que les droits voisins pourraient être une source de revenus ?

J’ai entendu parler des droits voisins au milieu des années 90 via Microcam. Puis Microcam a été fusionné à Uradex, qui est ensuite devenu PlayRight. Toots Thielemans m’avait aussi parlé de ces droits voisins, étant donné mon double statut de compositeur et d’artiste-interprète, puisque je joue ma propre musique. C’est PlayRight qui gère mon dossier depuis des années maintenant. Et comme je suis aussi bien concerné par les répartitions de droits musicaux que par les répartitions de droits audiovisuels, je vois que les deux ne vont pas à la même vitesse. D’autant que la musique en audiovisuelle n’est pas une prestation couverte par toutes les sociétés de gestion de droits à l’étranger. La complexité des informations à rechercher pour créer les listes de diffusion en audiovisuel font que ce sont des répartitions plus laborieuses que pour la musique. Je vois bien que l’équipe de PlayRight fournit beaucoup d’efforts pour améliorer cela à travers les droits que je reçois, puisque les montants de mes droits sont constamment à la hausse. Il y a un vrai suivi individuel, et donc j’essaie de motiver d’autres artistes de s’affilier à PlayRight. Entendre des musiciens râler des 5 euros qu’ils reçoivent m’exaspère un peu, parce qu’aujourd’hui PlayRight et SABAM seraient déjà beaucoup plus avancées si leurs artistes étaient vraiment derrière eux.

Vous arrivez à vivre de votre musique ?

J’ai de la chance parce que j’ai pu obtenir les jobs que j’ai fait avec peu d’efforts, et mon téléphone a continué à sonner à chaque fois aux bons moments. J’ai adoré faire Witse (série policière belge diffusée entre 2004 et 2012 sur la chaine éen) qui a très bien marché. Ça m’a permis d’être financièrement à l’abris et d’accepter des projets moins évidents. Donc je vis de ma musique depuis 30 ans oui. Cela étant dit, les choses sont moins évidentes pour la nouvelle génération, aussi bien pour les artistes-interprètes que pour les compositeurs. Ce qu’ils touchent de Spotify et les autres services de streaming en ligne est insignifiant comparé à ce que les artistes gagnaient avant.

Justement, est ce que les services de streaming ont aussi un impact sur vos revenus ?

Pour atterrir chez Netflix et compagnie il faut obligatoirement passer par des agences de production. Il faut un réseau et des contacts, et idéalement quelqu’un qui vous représente. Donc de mon côté j’essaie de passer par un label de musiques de film réputé en utilisant ma dernière collaboration au long métrage Le collier rouge, pour voir via s’il n’y a pas d’autres opportunités sur le marché français.

Pour en revenir à mes travaux passés, les séries auxquelles j’ai participé n’ont pas été diffusées par ces services en ligne, jusqu’à présent en tous cas. Cela s’explique par le fait qu’il s’agissait souvent de productions de la VRT, qui n’a pas beaucoup investi dans la vente de ses séries à l’étranger. Mais c’est en train de changer, depuis que des séries comme Tabula Rasa sont produites par des boites de productions externes.

À quel projet vous souhaitez participer ?

Je n’ai pas l’ambition d’aller à Hollywood, c’est un système qui ne me conviendrait pas. Un long métrage de cinéma d’auteur m’intéresserait beaucoup, ou une série nordique intelligente, ça m’irait à merveille. Autre projet qui me plairait beaucoup, ce serait un film d’époque, dans lequel la musique fait toute la différence. Ça me permettrait d’étendre ma palette, avec un thème qui vit au-delà du film. Je repense aussi à un projet plus personnel qui mêle la scène à l’audiovisuel, avec quatre musiciens de jazz et la diffusion d’œuvres de Hans Op de Beeck.