PlayRight soutient le festival Amani

4 février 2020

Festival emblématique de la région du Nord-Kivu, le festival Amani aura lieu du 14 au 16 février prochains à Goma, en République Démocratique du Congo. Réunissant chaque année près de 36.000 festivaliers, l’événement vise à promouvoir un message de paix tout en offrant l’opportunité aux artistes locaux de se produire sur scène.  Soutenus par PlayRight+ dans le cadre de leur 7ième édition, nous avons rencontré Guillaume Bisimwa, le directeur du festival, qui nous explique d’où est né l’initiative et quelles sont les ambitions des organisateurs.

Guillaume Bisimwa : Le festival Amani est un projet qu’on a créé à Goma il y a plus de neuf ans maintenant. Tout est parti d’un foyer culturel pour les jeunes, qui a pour vocation de vulgariser la culture au niveau de la ville et de l’appréhender comme un moyen de rassemblement. Des professeurs du Conservatoire de Liège, de passage à Goma, ont alors trouvé notre centre et nous ont proposés de monter un spectacle avec nos jeunes. Au terme du premier show, on s’est dit qu’on devait créer un centre de formation en musique et art de la parole, en danse et percussions. Aujourd’hui on offre aussi des formations en piano, guitare et chant. Baptisée Sanaa weekend, l’initiative a tout de suite eu beaucoup de succès et est devenue régulière. Chaque samedi on met à disposition un espace de promotion des jeunes qu’on forme.

Des Sanaa weekend au festival Amani, il y a de la route. D’où est venu l’idée d’organiser un festival ?

Etant donné les conflits et problèmes inhérents à la région, on s’est posé la question d’organiser un grand événement qui rassemble et symbolise une cohabitation pacifique via la culture. Et c’est là qu’on est parti sur l’idée de mettre le festival en place. D’édition en édition, le festival a énormément grandi et a pris beaucoup d’ampleur au niveau de la région, pour atteindre une affluence de 36.000 personnes aujourd’hui, et c’est la capacité maximum de notre site.  

Dans le cadre du festival, vous offrez aussi un espace associatif, il ne s’agit donc pas uniquement de concerts ?

La musique permet de rassembler le maximum de monde mais le festival agit aussi comme un forum et réunit beaucoup de stands d’associations, d’ONG et d’humanitaires dans le but de sensibiliser la population sur les problématiques quotidiennes. Le festival leur permet d’avoir beaucoup de public. Enfin, depuis 2016, on a mis l’entreprenariat au centre de notre approche parce qu’on ne peut pas parler de paix et cohabitation si on ne permet pas à ces jeunes un développement socioéconomique.

Est-ce-que vous pouvez nous en dire plus sur l’inclusion de l’entreprenariat ?

On est parti de la réalité et des besoins puisqu’il y a une énorme demande à ce niveau-là. En RDC, à part les grandes ONG et quelques organisations de l’état, il y a peu d’autres mécanismes d’engagement de jeunes et le chômage est endémique. Au terme de leurs études, à part les grandes multinationales (exploitation des mines de diamants, agriculture et exploitation du coton, sociétés de télécom), les jeunes n’ont pas beaucoup d’opportunités. Il n’y a pas ou peu de structures d’accompagnement, même si ça commence petit à petit à bouger. Donc le festival a créé un fond qui est dédié à l’entreprenariat.

Vous réunissez aussi bien des talents internationaux que locaux. Comment vous travaillez à la programmation des artistes qui se produisent sur scène pendant le festival ?

On travaille avec d’autres festivals pour repérer des jeunes talents locaux qui pourront se produire à Amani et aussi ailleurs, et on accompagne les artistes dans leur promotion. En RDC, il n’y a pas mille festivals de musique, et le festival Amani est celui qui réunit le plus de personnes. Il y a aussi pas mal de choses à Kinshasa mais pour beaucoup la Capitale c’est très loin, et le billet d’avion n’est pas donné à tout le monde. Donc on a ouvert des contacts avec des festivals de la région, au Rwanda, en Ouganda, à Bujumbura, en Tanzanie et au Zanzibar… Parce que là, on peut tout faire par la route. C’est finalement plus facile d’aller dans les régions voisines que d’aller à Kinshasa.

Pour programmer des artistes de la région, on organise aussi des concours. On est parti de 70 candidatures, toutes disciplines confondues (musique et danse) et on va retenir quatre lauréats pour ensuite faire la promotion de ces artistes dans la région et les proposer à d’autres festivals. Avec les quatre artistes sélectionnés, on organise des « caravanes », qui sont des concerts ambulants visant à promouvoir les artistes dans toute la ville. Et on travaille avec la presse locale pour les sensibiliser à la musique de la région.

L’idée principale du festival, c’est de programmer des artistes de la région, c’est une priorité. Après on fait venir des artistes internationaux si on peut. Quand on a reçu le soutien de PlayRight+, on s’est dit qu’on allait l’orienter vers la venue d’artistes belges. Par exemple, Kris Dane viendra et participera aux résidences avec les artistes locaux.  

Dans le cadre des activités du centre culturel, vous organisez donc aussi des résidences.

Exactement, tous les artistes qui viennent ne prestent pas uniquement au festival et on organise aussi des résidences, des ateliers d’échange, etc.  Gaël Faye avait d’ailleurs fait une résidence et le résultat était très réussi. Cette année, le chanteur et rappeur sénégalais Faada Freddy viendra faire trois jours de résidence pour rencontrer les jeunes du centre culturel de Goma.

Quelques noms de cette prochaine édition : Faada Freddy, Kris Dane, Dobet Gnahoré, Gaz Mawete, Céline Banza ou encore Innoss’B.

Infos complémentaires :

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