VKRS : la Belgique a (enfin) un festival dédié aux clips

30 avril 2019

Le VKRS, qu’est-ce donc ? Video Killed the Radio Star* est LE premier festival belge dédié à l’art du clip, mais pas que. Pour sa première édition, le festival met le clip à l’honneur tout en explorant les différentes formes que prennent les combinaisons entre musique et images. L’événement pose également une question que les conférences & masterclass proposent d’explorer : faut-il avoir un clip si l’on veut « percer » en tant que musicien ?

*En 1981, la diffusion d’un clip des Buggles inaugure la toute nouvelle chaîne de télévision américaine MTV: Video Killed The Radio Star.

Maxime Pistorio et Fanny De Marco sont les organisateurs de cette première édition du VKRS, qui se tiendra du 9 au 11 mai prochain aux Riches-Claires et au Cinéma Palace.

Comment vous est venu l’idée de faire un festival comme le VKRS ?

Fanny : J’ai travaillé plusieurs années pour un label de Jazz et dans la promotion de musiciens et j’avais remarqué que beaucoup de groupes n’avaient pas de contact avec des vidéastes et/ou ne savaient pas vers qui se tourner pour en rencontrer. Donc j’avais cette idée d’organiser un événement qui permette aux cinéastes et musiciens de se rencontrer et j’en ai parlé à Eric de Staercke, directeur du Centre Culturel des Riches-Claires et comédien. Eric m’a ensuite présentée à Maxime, qui est réalisateur et aussi musicien et qui avait réalisé plusieurs clips. De là, on est venu avec cette idée de faire un festival qui propose plusieurs angles d’approches : une compétition sous la forme de « speed clipping », des projections dans le cadre de la compétition nationale tous les soirs, une journée portée sur des conférences, et une autre avec un workshop, et une clôture du festival au Cinéma Palace avec plusieurs remises de prix.

Qu’est-ce que le « speed clipping » ?

Maxime : Le speed clipping, c’est un peu comme speed dating où des groupes de musiciens, de cinéastes, de monteurs et de comédiens vont se rencontrer la veille du festival, suite à un appel à candidatures. On encadre cela en faisant un tirage au sort pour constituer 5 équipes de musiciens/cinéastes/comédiens qui auront 3 jours pour réaliser, tourner et monter un clip qui sera projeté le soir de la clôture du festival au Cinéma Palace. Dans le cadre de cette compétition, on remettra un prix à la meilleure réalisation, à la meilleure image, au/ au meilleur montage et un prix sera remis sur base d’un vote du public.

Est-ce que vous pouvez nous parler de la compétition nationale ?

Fanny : Alors on a lancé une compétition nationale sous la forme d’un appel à candidatures et on a reçu près de 150 candidatures. Puis on en a sélectionné une trentaine de réalisations pour le festival, et une projection est prévue tous les soirs. Le soir de la clôture le samedi 11 mai, les clips  récompensés seront diffusés au Cinéma Palace. Il y aura deux prix du jury, un prix du public et un prix spécial offert par Playright pour le meilleur interprète.

Comment vous vous y êtes pris pour sélectionner les clips qui seront projetés pendant le festival?

Maxime : Toute l’équipe du festival s’est prêtée au jeu de la sélection. On a d’abord éliminé les clips qui ne nous semblaient pas professionnels, puis on a essayé de présenter une diversité dans les esthétiques et les thématiques abordées. Ce qui fait qu’au final on a beaucoup de styles de musique représentés. On s’est aussi vite rendu compte que ce n’était pas toujours évident de faire abstraction de la musique quand on regarde un clip. C’est un festival de clip, et c’est le clip qu’on veut mettre en avant. Donc on a fait des seconds visionnages où on a jugé essentiellement la réalisation, l’idée et la cohérence entre image et musique.

Est-ce-que vous estimez qu’un groupe ou un musicien doit avoir un clip pour travailler à une meilleure visibilité ?

Fanny : Je pense qu’aujourd’hui, même si les applications comme Spotify ou Deezer ont de plus en plus de succès, les gens ont toujours le réflexe d’aller sur youtube pour écouter de la musique. Et on capte mieux une audience avec un clip qu’avec la cover d’un album.

Maxime : Et l’avantage pour le clip, c’est qu’il n’y a pas de règles. Tu as toujours l’opportunité de te lancer dans la créativité, il n’y a pas d’obligation, on peut inventer ce qu’on veut. Moi j’aime bien faire des petits films muets qui racontent une histoire. Il y a d’autres approches qui se concentrent plus sur l’esthétique. On peut faire tout ce qu’on veut dans le clip, il y a pleins d’expériences de narration possibles.

Encore faut-il avoir les moyens. A combien vous estimez le cout de réalisation d’un clip ?

Maxime : Le prix réel, si on est un peu ambitieux et qu’on paye tout le monde, on tourne autour de 15  à 20.000 euros. Et généralement on tourne autour de… 500 euros, pour les sandwichs, les transports, les éventuels costumes et en fermant les yeux sur l’assurance… Cela dit, cela n’exclut pas le fait qu’il y a une très forte demande dans le clip, preuve en est le nombre important de candidatures qu’on a reçues.

Cela veut pour autant dire qu’on a des cinéastes qui souhaitent réaliser uniquement des clips ?

Fanny : Ceux qui réalisent des clips actuellement ce sont plutôt des boites de production, des agences de publicité ou encore des agences de booking qui se lancent dans l’industrie.

Maxime : En fait, on n’a pas vraiment de « système » à proprement parler pour le moment en Belgique. Il y a des producteurs de publicités qui font des clips, et plus rarement des producteurs de cinéma. Et pour les clips, il n’y a jamais d’agent, jamais. Ou disons oui, une fois sur 200. La plupart du temps quand un producteur fait un clip, c’est pour essayer quelque chose, pour tester une équipe ou encore pour donner sa chance à un réalisateur. En gros, il y a d’autres raisons derrière. Ce qui fait qu’au final, ce sont des équipes qui se réunissent à l’enthousiasme et le clip est fait de manière très spontanée. Donc ça donne des résultats supers, mais n’y a pas d’industrie du clip en Belgique à proprement parler. Les clips, ça s’improvise !

C’est pour cela que vous souhaitez créer des moments privilégiés où cinéastes et musiciens se rencontrent ?  

Maxime : Oui !  Cela rejoint notre idée qui est de créer un moment où les professionnels se rencontrent. Mais surtout, l’idée c’est de faire un état des lieux en organisant deux tables rondes suivies d’une conférence. La première table ronde sera plus portée sur la production, en faisant parler un producteur, un réalisateur ou encore un responsable de label. Et la seconde table ronde porte sur la stratégie digitale : Comment on fait pour exister en ligne aujourd’hui ? Est-ce que le clip est un bon moyen d’exister ? Enfin, Patrice Blouin, critique aux Inrockuptibles, donnera une conférence sur « l’indomesticable vidéo-clip ».

Fanny : La démarche d’explorer la vidéo et la musique ne s’arrête pas aux projections et aux conférences. On a cette approche dans le cadre de toutes les activités du festival. Le jeudi soir June Peduzzi, une scénographe numérique, viendra réaliser une performance. La seconde soirée a lieu un Ciné-concert de « We Stood Like Kings », qui réinvente une nouvelle B.O au film Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio, produit par Francis Ford Coppola en 1982 (et dont la musique originale avait été composée par Philip Glass). Et le samedi soir on donne carte Blanche à Dwelllll Project, un duo qui fait du ViJing et qui proposera un montage d’extraits de film sur fond musical.

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur le focus Quebec ?

Maxime : On aimerait bien, chaque année, avoir une séance avec des clips qui viennent d’un autre pays. Et cette année on a choisi le Québec comme focus, donc on va diffuser quelques productions québécoises. Ce qui m’a frappé dans les productions québécoises qu’on a découvertes, c’est que les thématiques traitées ne sont pas si différentes. Les Belges aiment bien filmer des road trip dans les Ardennes et les Québécois aiment bien filmer des road trip en Gaspésie.

Fanny : Oui c’est vrai, il y a beaucoup de similitudes. Dans les productions qu’on a reçues on a pu remarquer que les clips exploraient les valeurs familiales, la nature, l’environnement… On retrouve les mêmes codes. Ces productions québécoises seront projetées le dernier jour.

Il s’agit d’une première édition du VKRS, quelles sont vos ambitions sur le long terme ?

Maxime : Ça nous arrive beaucoup dans le cadre de la programmation qu’on se dise « ça c’est trop compliqué, gardons-le pour l’année prochaine ». On aura les idées plus claires une fois le festival achevé. Et effectivement, il ne faut pas oublier que le concept même du festival de clips et tout ce qu’il y a autour c’est une première en Belgique. Si on arrivait, pour les éditions suivantes, à avoir un partenaire comme la RTBF qui s’engage à diffuser les clips gagnants, ce serait génial. Ce serait une belle récompense de diffuser les clips primés à la télévision.

Quels soutiens avez-vous reçus pour financer ce festival ?

Fanny : Alors les Riches Claires nous offrent la salle et mettent une partie de leur équipe à profit, donc on peut dire que les Riches claires ont produit VKRS. On a reçu des subsides de la ville de Bruxelles, de la promotion de Bruxelles, de « Image de Bruxelles ». On a aussi reçu un soutien de PlayRight+ pour le prix qui sera remis à un acteur, et aussi pour l’activité même du festival. Amplo et Screen Brussels nous soutiennent également.

Maxime : Tous ces partenaires permettent donc de monter le festival cette année. Quant à nous, on fait ça pour le moment de manière bénévole donc on peut dire qu’on travaille dans les mêmes conditions que pour la réalisation d’un clip (rire).

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