Mehdi Zekhnini, lauréat 2020 du prix PlayRight+ (IAD)

16 septembre 2021

Chaque année, PlayRight+ récompense plusieurs étudiants en passe de terminer leur cursus artistique. Sélectionnés par leurs professeurs, ces lauréats sont mis en lumière le temps du prix avant de trouver leur propre notoriété à travers une carrière de musicien.ne, chanteur.euse et/ou acteur ou actrice.

En 2020, c’est l’acteur Mehdi Zekhnini qui a été sélectionné par l’équipe de professeurs de la section théâtre de l’IAD. Pour l’occasion, Dominique Serron, dramaturge et professeure au sein de l’Institut des Arts de Diffusion, a mené l’interview du lauréat.

Comment as-tu été inspiré par le théâtre? Quand est-il entré dans ta vie?

Ma 1ere rencontre avec le jeu, l’interprétation s’est faite très jeune. J’étais, et je suis toujours, un grand fan de cinéma. Très tôt, j’ai dévoré tous les films de la vidéothèque de mon père ; je passais de longues journées à voir et revoir les mêmes films. Je n’avais pas, à ce moment-là, l’envie de devenir acteur, simplement les personnages des films me permettaient de m’évader. Je me revois encore dans la maison de mon enfance, incarner les figures que je voyais au cinéma, ça m’a ouvert un nouvel imaginaire et m’a permis de booster ma créativité.

Le théâtre ainsi que l’envie de devenir acteur sont arrivés bien plus tard dans ma vie. Je suis en 4ème secondaire, j’ai encore une fois raté mon année et mes parents insistaient pour que j’obtienne mon CESS dans l’enseignement général. Je n’avais qu’une seule envie : arrêter l’école, je ne m’y trouvais pas à ma place, assis derrière un banc… je me sentais enfermé.Je me suis résigné à y rester, sur les bancs d’école -pour mes parents- mais j’ai fait le choix de prendre l’option théâtre. Mon parcours sinueux, avait épuisé toutes les options possibles dans l’ école ; quitte à recommencer une année, je me suis dit que faire du théâtre pourrait m’occuper et que ça ne pouvait pas me faire de mal, j’adorais le cinéma et le travail d’acteur m’intriguait.

Le premier cours de théâtre: on est un petit groupe d’une dizaine de jeunes et on rencontre notre professeur Jean-François Maun. Cet homme est mon mentor! Il nous explique comment se déroule le cours, les objectifs de l’option et surtout qu’en fin d’année, un spectacle est présenté en public. Là je me dis : “c’est mort, je ne me donnerai pas en spectacle”. JF voulait apprendre à nous connaître, alors il nous a demandé de préparer une forme libre afin de nous présenter aux autres. La semaine passe, on est dimanche soir et la présentation est le lendemain, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire, j’étais à deux doigts d’appeler JF pour lui dire que j’arrêtais les cours. Ce soir-là, je décide de regarder un film comme tous les soirs où je suis tracassé et que ma seule envie est d’échapper à la réalité. Je lance “25th Hour” de Spike Lee, le film raconte les dernières 24 heures d’un homme avant d’entrer en prison et ses tentatives de régler ses problèmes. Au milieu du film, arrive une scène où le personnage se retrouve face à un miroir et son reflet se met à lui parler. On comprend dans ce monologue tout le mal-être qui l’habite et son besoin de s’exprimer, le langage est cru et violent, ça m’a plu. Je ne pensais pas continuer les cours mais je voulais partir “en beauté” ! J’ai retranscris le texte, je l’ai bossé toute la nuit. J’attendais avec impatience le moment où on se retrouverait dans la salle de répétition.

Le cours démarre, on est assis en ligne, JF demande qui veut passer et je me désigne pour y aller. Je monte sur le plateau et me retrouve face à tout le monde. Je me lance : “Moi aussi je te nique, je t’emmerde, je vous emmerde tous autant que vous êtes, j’emmerde cette ville et tout ces habitants…”.

J’assume mon passage et sans le faire à moitié! Je ne pense pas que c’était parfait mais je ne me suis pas perdu dans le texte et j’ai perçu quelque chose dans le regard du public qui m’a soutenu pour aller jusqu’au bout de la scène. Ça bouillonnait à l’intérieur de moi et j’étais bizarrement très soulagé d’avoir exprimé une forme de colère et de violence qui résidaient à l’intérieur de moi. Je retourne à ma place pour regarder mes camarades. Là je me suis dis : “Je suis monté sur scène, j’ai parlé au public en leur disant je t’emmerde les yeux dans les yeux et ils m’ont applaudi. Je veux faire ça de ma vie.”

Quel a été ton parcours pendant tes études? Que retiens-tu de cette expérience?

Mon parcours à l’IAD s’est globalement bien passé. J’ai trouvé ma place très rapidement, je suis venu dans cette école avec un objectif clair et précis : faire l’exercice des remakes et tenter de jouer dans un fin d’étude. J’y suis arrivé. Avec mon penchant pour le cinéma, c’était les exercices qui m’ont encouragé à rentrer dans cette école. J’aimais le théâtre mais je ne pensais pas continuer dans cette voie cependant mon apprentissage m’a permis d’explorer de nouvelles choses et de m’affirmer dans mon travail.

Je n’ai pas trouvé du plaisir dans tous mes projets ou tous les cours mais j’ai eu la chance d’avoir la liberté d’explorer et de proposer. De plus, même si certains projets m’ont moins parlé, il y avait malgré tout quelque chose à en retirer et surtout, sortir de sa zone de confort permet de se re-découvrir. J’ai gardé le focus sur mes envies et j’ai fait mon chemin à ma manière, j’étais suffisamment autodiscipliné et rigoureux dans ma méthode et ma direction artistique. J’ai aussi développé avec joie un certain goût pour l’équipe , la création en groupe dans l’atelier avec la direction d’acteur,la mise en scène. Aujourd’hui je suis content parce que j’ai le sentiment d’avoir été intègre et d’avoir forgé mon identité d’acteur. Le chemin reste encore long mais je pense avoir trouvé ma voie.

Comment vois-tu ton avenir? Quels souhaits ?

Je n’arrive pas vraiment à me projeter dans le futur. J’ai eu la chance après ma sortie d’école d’être engagé dans quelques projets et de garder un rythme de travail, j’espère que j’arriverai à tenir ce cap. J’ai conscience des réalités de ce métier mais il y a une forme de naïveté en moi qui me permet d’avancer.

Aujourd’hui mes envies sont de continuer à rencontrer des personnes et perfectionner mon travail d’interprète, que ce soit au cinéma ou au théâtre.

Peut-être qu’une fois que j’aurai amassé suffisamment d’expérience, je me lancerai dans la réalisation d’un film ou la création d’un spectacle mais je suis encore loin de tout ça, je dois encore apprendre à mieux me connaître, savoir dans quel sens je veux porter ma parole sur scène ou devant la caméra et surtout comprendre le fonctionnement du milieu. Je pense que la pratique, la réflexion, la patience et mes échecs me permettront de continuer à grandir dans mon cheminement. Je suis évidemment très heureux de recevoir ce prix, symbole de reconnaissance de la part de mes professeurs, d’un premier accomplissement.

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