Rencontre avec Nicky Collaer, batteur professionnel

29 novembre 2019

« L’instrument s’adapte au style, le reste, c’est du bon sens ». Evident ! Mais comment s’adapter au style musical d’un groupe quand on en a quatre ? Voire plus…sans compter les sessions en studio. Batteur professionnel, Nicky Collaer poursuit une carrière tout aussi prolifique qu’éclectique. Véritable autodidacte, le batteur d’Alaska Gold Rush nous en dit plus sur son parcours et sur les bons atouts d’un musicien « sur le marché ».

Comment tu es devenu batteur professionnel ?

A 12 ans je me suis mis à écouter beaucoup de rock et j’ai commencé à jouer sur une batterie qu’un cousin m’avait offert. Je ne me suis jamais arrêté. Assez vite je me suis rendu compte qu’il fallait que j’arrête de jouer seul et j’ai commencé un de mes premiers groupes à 13 ou 14 ans. Tout s’est accéléré quand j’ai rencontré mes amis de Negate, un groupe de métal hardcore. ça a vite pris et on est parti en tournée quand j’avais 15 ans. C’est là que l’amour de la musique, l’envie de partir et d’expérimenter la scène pas uniquement en Belgique se sont faites plus pressantes. Après cela j’ai évolué et me suis ouvert un peu à tout en faisant du pop rock et de l’électro-rock. Puis j’ai rencontré Dan Klein qui m’a proposé de jouer sur ses morceaux et de rejoindre Vismets. Le groupe a cartonné pendant un moment et on a pu faire de très belles scènes en France et en Belgique.

Il y a eu Vismets, Atome et aujourd’hui il y a aussi Alaska Gold Rush, Kid Noize et plus récemment les Garçons… Plus tes sessions en studio. Comment tu arrives à multiplier les collaborations ?

En fait, quand on est musicien et spécifiquement batteur, on doit se diversifier. À un moment je me suis dit qu’il fallait que je multiplie les styles et que je bouge un maximum, donc je me suis mis « sur le marché ». Je connaissais Kid Noize depuis très jeune puisqu’il faisait aussi partie de Negate et que j’avais aussi joué avec lui pendant l’époque Joshua. Il m’a invité à faire une partie du live d’une tournée qui s’est achevée le 22 novembre dernier à l’Ancienne Belgique. Vu que c’est un DJ, je ne faisais pas tout son set et j’intervenais avec une prestation plus percussive. Aujourd’hui je joue avec Alaska Gold Rush qui est folk-rock, Kid Noize qui est complètement électro, et plus récemment il y a les Garçons où on fait de l’habillage musical.

Comment « se mettre sur le marché » en tant que musicien ?

Les réseaux sociaux sont de bons outils pour ça. Mais surtout, il faut se créer une expérience en montant des groupes par exemple, parler à un maximum de gens, aller à tous les concerts et rencontrer le maximum de professionnels, notamment ceux qui travaillent dans les studios. Même si être batteur de studio n’est pas mon activité principale, car c’est un exercice plus scolaire et strict. Je préfère le rapport avec le public et les gens. Avec Alaska Gold Rush on a tout enregistré en live, à l’ancienne, sans métronome avec guitare et batterie et ça c’est super vivant.

Et comment tu as été amené à intégrer Alaska Gold Rush ?

Il y a un an et demi, quand le leur batteur est parti en Australie, Renaud Ledru (chanteur et guitariste d’Alaska Gold Rush) m’a demandé d’intégrer le groupe. On a alors composé ensemble, enregistré en studio et on vient de sortir un premier single en novembre dernier. Comme c’est un duo, la batterie y est assez dominante et j’ai plus de place et de liberté. L’album sortira en mars 2020 avec la présentation de l’album en live le 8 mars 2020 au botanique et on fait une tournée italienne jusqu’à mi-décembre. L’aspect visuel pour Alaska est assez important et c’est quelque chose que le groupe a aussi bien développé avec de nombreux clips.

Tu parlais plus tôt des Garçons, tu peux nous en dire plus ?

Les Garçons est un trio. On a commencé à faire les habillages musicaux pour le live magazine, qui est un journal vivant. Ils organisent des évènements pendant lesquels auteurs, journalistes, réalisateurs, photographes etc. se succèdent sur scène pour raconter une histoire. Deux semaines avant chaque soirée, on reçoit les thèmes qui vont être évoqués et on a carte blanche pour créer des introductions musicales qui présentent chaque intervenant. De cette collaboration avec Les Garçons est né un nouveau projet de groupe. On est en train de compiler nos meilleures créations pour en faire des morceaux et on va faire notre premier concert courant février 2020 à la Maroquinerie, à Paris. Pour les compositions, on passera par du rock à quelque chose de plus intimiste ou acoustique, des atmospheres sonores pour finir sur de l’électro. Et comme on a rencontré beaucoup d’artistes dans le cadre de Live magazine, on va faire un spectacle collectif, avec pleins d’invités.

Comment s’adapter à la couleur musicale et au style de chaque groupe avec lequel tu collabores ?

Alors déjà c’est une ouverture d’esprit assez forte et une connaissance musicale étendue. Avec Kid Noize, je joue sur une batterie électronique. Pour Les Garçons c’est plus un travail de recherches de sonorités où j’ai aussi un pad pour élargir le spectre musical. Pour Atome c’était tout au clic. En soit c’est assez facile de s’adapter à partir du moment où on est préparé et où on sait jouer sur une batterie électronique ou acoustique et faire des percussions. L’instrument s’adapte au style, le reste, c’est du bon sens. On ne peut pas dénaturer le travail de base de l’artiste. Ce qui me passionne c’est d’appréhender et de m’approprier tous les styles musicaux. Toucher à tout pour pouvoir jouer partout.

Si tu devais donner des conseils à de jeunes batteurs qui se lancent, tu dirais quoi ?

Aujourd’hui, un batteur doit pouvoir être aussi un ingénieur du son, il doit pouvoir s’enregistrer lui même et bien connaître les programmes. Et pour travailler tous les styles, il faudra intégrer l’électronique, et donc bien maitriser des outils informatiques, avoir un ordinateur sur scène et savoir comment gérer les éventuels bugs en plein concert. On vit dans un monde où on est maintenant capable de créer un morceau avec des musiciens qui enregistrent aux quatre coins de la planète. En gros, tu dois pouvoir être musicien, technicien et faire ton auto-promo (rire).

Tes différentes collaborations t’amènent à faire plusieurs dates, plusieurs tournées. Est-ce-que tu as un manager et/ou un bookeur pour organiser tout ça ?

Il est vital d’être parfaitement organisé. C’est beaucoup de gestion d’agenda pour les concerts et les répétitions. Si on s’y tient, on n’a pas besoin de manager. Ce qui est plus intéressant pour moi c’est la scène, donc c’est plus un bookeur qui serait pertinent et qui pourrait me placer pour des sessions, de nouveaux live, etc. Une chose qu’il ne faut pas négliger, c’est le bouche-à-oreille… La musique c’est un réseau. Et chose fondamentale : ne jamais faire faux bond, être hyper réglo et être fidèle aux gens qui te font confiance.

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